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despre:
 

EPISTEMOLOGIE DE LA GEOGRAPHIE

 
 


Epistémologie : (étym) étude ou théorie de la science (en anglais, de la connaissance en général). Met l’accent sur les « processus les plus généraux de la connaissance, sur leur logique, sur leur fondement » ou bien « étude spécifique des sciences, voire du développement historique concret de leurs problèmes » (G. Granger) : soit la question de la démarcation de la connaissance (situer la science dans une expérience du savoir qui la déborde), soit la question de la singularité de ses domaines (méthodes spécifiques des différentes sciences). Dans ce chapitre : dynamique de la pensée scientifique et conception de la science comme une activité sociale complexe, et donc pas d’étude la logique interne de la science (Popper).
1. La tension entre localité et universalité
Opposition récurrente en géo entre deux formes de rationalité, deux méthodologies (singularisante/ universalisante) : distinction grecque entre chorographie (description exhaustive des lieux, régions) et géographie (cartographie, représentation sélective d’un ordre formel de la Terre) ; division de la terre en parties organiques ou naturelles ou bien selon une grille unique (quadrillage géométrique) ; observation directe ou bien espace homogène et isotrope utilisé par les stratèges puis les modèles d’économie spatiale…
1.1. Une épistémologie du mixte ? la description explicative
Fin du XIX° : approche singularisante des localités, monographies synthétiques, compréhension plutôt qu’explication. Mais diversité des écoles nationales et des individus, tentatives de géographies nouvelles. Période d’institutionnalisation de la géo universitaire et affrontement entre une rationalité standard, newtonienne, de la science (explication par la loi, indépendance à l’égard des conditions de lieu et de temps) et une rationalité de la compréhension (recherche des individualités ou des formes, dans leur irréductible identité ou leur histoire intrinsèque) : opposition entre les sociologues durkheimiens (explication) et les géographes vidaliens (compréhension). Mais conception ambiguë de l’école française, « épistémologie du mixte » pour concilier explication et compréhension, adopter une « vue raisonnée » (Vidal de la Blache) cf conception vidalienne d’une liaison organique géo générale - géo régionale, ses préceptes méthodologiques (observation de terrain et réflexion livresque), son Atlas général qui confronte cartes d’échelle différente. D’où la « description explicative », avatar pédagogique développé dans l’entre-deux-guerres.
Aux Etats-Unis, Hartshorne, 1939, The Nature of Geography valorise cette conception idiographique (opposition entre disciplines nomothétiques / disciplines idiographiques -dont les sciences sociales- d’après les historicistes Rickert et Dilthey) et reconstitue une tradition régionale , une science chorographique (attribuée à Kant, de Humboldt, Ritter, géographes allemands du début XX° tel Hettner).
Début du XX° : étude de physionomies régionales, de « milieux » : principe biologique de l’unité terrestre, terre comme un grand organisme vivant (cf Ratzel et son projet d’une Biogeographie générale qui incluerait sa Politische Geographie). En France, conception plus délimitée, développement de l’« oecologie » (botanistes Warming et Schimper) et vision biologique du « tout » terrestre qui justifie la conception naturaliste (néo-lamarckienne) de la géographie humaine naissante. Valorisation soit de la perception (et matérialité des traits naturels) soit de la fonctionnalité (culture plus que nature), d’où étude soit des paysages (manière allemande et du californien Sauer) soit des « régions » (France).
1.2. La polémique positiviste des années 1950 : la visée nomothétique
Contestation interne de ce régime de rationalité dans les 1950-60: aux US, Schaefer dénonce en 1953 l’« exceptionalisme » d’une géo qui aurait une méthode spécifique parce que discipline « intégratice » ou science de synthèse aux objets relevant de l’unicité, à l’opposé des sciences systématiques . W. Bunge (La géographie théorique, 1962) et D. Harvey (1969), positivistes, opposent à la conception idiographique la méthodologie scientifique et la norme de l’explication. La new geography positiviste, « quantitative et théorique » s’appuie sur un langage mathématique et des recherches théoriques, avec des méthodes hypothético-déductives et la modélisation. La géo a pour objet la recherche de lois proprement spatiales. Renversement de la hiérarchie entre recherche empirique et théorisation : de la différenciation régionale et de la description de l’unique à l’analyse spatiale à visée nomothétique (lieux singuliers, lieux de test expérimental, ne servent plus qu’à exemplifier des lois).
La distance, les concepts de situation ou de localisation (où ? pourquoi ici et pas ailleurs ?), les catégories de contiguïté, continuité, forme, focalisent la réflexion. Modèles de l’analyse spatiale (locational analysis) et des théories de la localisation (location theories). Théorie des lieux centraux devient le modèle de cette nouvelle géographie qui s’intéresse non plus aux lieux mais à l’espace.
1.3. Critiques « radicales » et « humanistes » de ce nouveau paradigme
Courant humaniste oppose le lieu et le sens des lieux à l’espace et aux prétentions objectives et prédictives. Courant radical critique le projet normatif des positivistes et lui oppose des théories sociales contradictoires. Mais distinction difficile entre ces courants qui utilisent des « modèles de l’homme » et des problématiques et méthodologies inégalement mises à l’épreuve. Johnston (1991) (qui s’appuie sur les trois niveaux de sens dans la notion de paradigme (Kuhn) : vision du monde, matrice disciplinaire, exemple) distingue dans la géo humaine anglo-américaine trois courants : « positivistes », « humanistes », et « radicaux » (ou « structuralistes »). Les « positivistes » dominent et leur matrice disciplinaire (la problématique spatiale) dispose de suffisamment d’exemples pour une recherche active et diversifiée. Aucune des diverses matrices disciplinaires proposées par les deux autres visions du monde ne s’impose, sinon peut-être dans le structuralisme (géo radicale, critique, marxiste). Antinomies des théories sociales sous-jacentes qui valorisent l’individu ou bien le sujet, la personne humaine créatrice de sens, ou encore la société à travers l’infrastructure qui la gouverne.
Il existe en France un consensus plus fort sur la scientificité de la géo, son appartenance aux sciences sociales, et sa spécificité : l’analyse de l’organisation spatiale de la terre. Mais critiques anti-positivistes se retrouvent : contre le scientisme, la prétention à l’objectivité scientifique et la participation des géographes à des opérations d’ingénierie sociale dans l’aménagement du territoire (géographies ‘sociale’ et ‘politique’) et contre le projet scientifique qui veut séparer les faits des valeurs (géographies ‘humaniste’, ‘culturelle’, ‘des représentations’, ‘comportements’, ‘phénoménologique’). Ds perspective phénoménologique, la géographie ne peut pas adopter le mode explicatif de la science galiléenne, elle doit restituer le sens de ‘mondes’ par définition vécus, lieux et territoires inséparables des hommes qui leur confèrent un sens. Dardel adopte dans L’Homme et la Terre (1952) une perspective existentialiste sur la géographicité de l’homme : signification de la géo par rapport au destin de l’homme, signification de la terre comme base de l’existence humaine. Le savoir géographique orienté vers les disciplines herméneutiques plutôt que les sciences empirico-analytiques. Géographie « science de l’homme », privilégiant le référentiel-habitant (Ferrier, 1984) et à la territorialité. Recherche ‘géopoïétique’ ou ‘géosophique’ (Wright 1947) et pas ‘géonomie’ normative et abstraite.
2. La géographie dans son mouvement
Le développement de la géographie comme activité sociale dépend de trois pôles inter-reliés : la pratique ou l’intérêt sollicité, l’outillage intellectuel ou le langage mobilisable, et la nature de la référence. La géo s’est développée à la fin du XIX° sous la norme de la scientificité, par l’impulsion d’une organisation étatique qui liait bcp géo et éducation de masse : inculcation nationale puis fonction de rationalisation (aménagement des territoires nationaux, puis organisation des localisations à l’échelle mondiale). Quant aux outils : transition de l’organicisme au systémisme, substitution d’approches probabilistes et de l’interaction à une longue fixation sur le déterminisme linéaire. Aujourd’hui complexification des dynamiques et des structures, points de vue de l’interface, l’hybride, l’ambivalence.
2.1. La géographie moderne et la relation nature/culture
La représentation de la terre (la planète, sa surface, ou la résidence de l’homme) a des configurations très distinctes et ne peut guère se dissocier de la relation homme-terre (une des expressions pratiques du rapport nature-culture). La géo participe dc de la modernité qui a fondé dualité homme-nature et fait de la nature le cadre de l’histoire humaine. Tradition ‘environnementaliste’, ‘écologique’, ‘hippocratique’, traite de la détermination des activités humaines par son habitat : théorie climatique de Montesquieu (déterminisme géographique), déterminisme géologique ou encore de l’étendue (Raum) chez Ratzel. Fin XVIII°, Terre n’est plus considérée comme la demeure providentielle de l’homme et la portée transformatrice de l’homme est alors au centre de la réflexion sur la relation homme-terre. La géo étudie la terre comme lieu d’application de la modernité, territoire des hommes maîtres et possesseurs de la nature, mais… réaction romantique. Humboldt, Reclus et autres tempèrent dissociation nature/culture et leur paysage, fin XIX°, est l’expression d’une totalité, la physionomie sensible d’un cosmos.
2.2. La recherche géographique face à l’historicité de son objet (la terre)
Les représentations idéelles de la terres (cartographiques, conceptuelles ou théoriques) élaborées au cours de l’histoire permettent de critiquer les problématiques géographiques fondamentales.
A/ Une double relativité : la terre comme ressource ; la terre comme étendue
Deux modalités du chgmt de la terre : relativité de la terre comme étendue et relativité des propriétés de la terre (plasticité de la ressource naturelle), ttes deux liées à l’activité technique.
- Révolution technico-scientifique début XIX° => rétraction inouï de l’espace-temps, relativité de la terre comme étendue (von Humboldt et l’instrumentation ; Ritter et les saint-simoniens français : révolution spatiale mondiale car substitution de forces mécaniques à la traction organique ; M. Chevalier (1832) rétraction et homogénéisation de l’espace-temps du fait des nvelles techniques de circulation (cf aussi Reclus), chemin de fer permet de rapprocher peuples et cités ainsi que la production à flux tendus) mais cartes en anamorphose de l’accessibilité qu’à la fin du XIX°.
- Relativité des propriétés de la terre explicitée soit comme un potentiel, une réserve diversement exploitée par les sociétés selon leur capacité technique, leurs besoins, voire leurs représentations (possibilisme dans la relation homme-terre) ; soit en établissant les types de dégradations de la surface de la terre par l’homme (Marsh, 1864, Man and nature or physical geography as modified by human action ; Reclus recherchant harmonie terre-Humanité ; le thème négligé de la Raubwirtschaft (économie destructrice) qu’on retrouve chez J. Brunhes 1909 Géographie humaine).
Ds la perspective anthropocentrique ouverte fin XVIII°, gde transformation des XIX° et XX° fait passer représentation d’une terre illimitée à une terre finie (à aménager en profondeur et en intensité), puis solidarisée (compter avec tous les lieux car sont en interaction spatiale), enfin irréversiblement dégradable.
B/ Un monde fini mais différencié : la fin du XIX° siècle
La terre entière comme un espace-temps en rétraction s’exprime par des cartes isochrones globales 1880-1900 : modèle centre-périphérie, capitales pour centre. La terre entière est devenue le Monde de l’homme (occidental), l’écoumène s’est étendu aux bornes de la planète (pôle nord 1909, principaux sommets vaincus), la carte politique le recouvre totalement. Géo humaine doit parfaire colonisation de la Terre par connaissance intellectuelle des ‘milieux naturels’ différenciés et des modalités de l’adaptation des ‘genres de vie’ humains. Colonisation et exploitation économique admises sans limite liée à altération des ressources !
C/ De l’espace solidarisé au système Monde
Prise de conscience de l’interdépendance générale à la surface de la terre (guerres mondiales, crise des 1930…), distance n’est plus un frein aux relations, aucun milieu n’est une discontinuité majeure, passage par les pôles pour relier lieux opposés d’un même hémisphère (projection polaire adoptée). Généralisation des réseaux dans les 1950, tout se réduirait à l’appartenance à des espaces abstraits en interdépendance, nature paraît homogénéisée par la technique, discontinuité ne relèveraient plus que de l’action politique. Pour Ullman la géo est science de l’interaction spatiale. La terre est un cadre neutre, livré à la technique, les géographes peuvent aménager l’espace (finalité gestionnaire du space management aux US, organisation de l’espace en France, Raumordnung en Allemagne). Crise épistémologique dans les 1940-1960 : besoin d’un espace de représentation nouveau –l’espace relatif– et de l’application de styles cognitifs adaptés à l’aménagement régional. Humanité en interaction, soumise au déterminisme des relations, où grâce à la technique, le milieu est annihilé. Conception d’un ‘système Monde’ fin des 1980 due à l’extraordinaire complexification de ce monde solidarisé et à l’adoption du systémisme en géo (Dollfus et al. 1991).
D/ Ecosystème sensible et espace critique
1970 : prise de conscience que les atteintes produites par l’homme sont irréversibles et à une échelle ‘globale’, grâce à l’incorporation du principe de dégradation de l’énergie et usage de schèmes nouveaux (approche systémique, étude de la complexité). Le globe humanisé forme un écosystème, avec risque de rupture fatale d’un ‘système-environnement’, ce qui peut réorienter problématiques et relations interdisciplinaires de la géographicité. Parallèlement les télétechnologies semblent nier l’espace, en promettant l’ubiquité humaine (réelle délocalisation ou complexification inouïe de la spatialité ? quelles méthodologies adopter ?). Deux nveaux défis pour la terre comme ressource et comme étendue. Les représentations de l’oecoumène, lieu de résidence humaine, ont hésité entre domination de deux processus : l’un de valorisation de la différenciation qualitative : du site, de la verticalité, l’autre d’organisation des situations, des relations horizontales (réseaux). Aujourd’hui, jeu plus compliqué sur l’entre-deux.
3. Des lieux, des aires, des mots : représentation de l’espace géographique
3.1. Repenser l’espace : structures et systèmes
L’espace géographique de l’analyse spatiale est inclus dans l’espace relatif (système de positions relatives plutôt que conception aristotélicienne des lieux, ensemble discret, agrégat de points). Harvey (1969) a permis d’instituer une conception leibnizienne de l’espace géographique qui en fait la structure même créée par des activités en relation. Mais question de la légitimité de transferts de modèles (voir Concepts de géo humaine chap 4) qui dépend des domaines d’application. Question des échelles, de leur articulation, de l’introduction de concepts spatiaux dans les systèmes et les modèles dynamiques restent problématiques.
3.2. Axiomatisations et théories de la géographie
G. Nicolas (1984) établit « la logique de l’espace géographique » avec trois axiomes : axiome ‘chorologique’ (peut être géographique tout objet au sens statistique du terme qui différencie l’espace terrestre), axiome ‘de situation’ (peut être géographique tout objet en rapport spatial avec un objet situé sur un autre endroit de la terre), axiome ‘chronologique’ ou ‘de succession’ (peut être géographique tout objet dont les rapports non exclusivement spatiaux s’accordent avec des successions observées). En tire une méthodologie cartographique relevant d’une logique tout-parties.
Pour H. Reymond (1981) la géographie ou ‘géochorotaxie’, est une théorie des processus d’espacement de l’espace habité. Science sociale (càd réponse à des contraintes de la reproduction sociale), la géo étudie la spatialisation de l’étendue ou la production de caractères idéaux de l’espace (continuité, isotropie, homogénéité, infini) dans l’espace géorgaphique occupé par les sociétés humaines.
Théories de la géographie : existence de lois spatiales en nombre limité issues de processus de ‘mise en espace’ ou de ‘spatialisation’ produits par des agents géographiques collectifs qui s’approprient, gèrent et mettent en valeur. Lois spatiales relèvent du pavage, de l’espacement, de la polarisation. Théorie de la géographie régionale avec les chorèmes de R. Brunet (composition des structures élémentaires de l’organisation de l’espace). Ph. et G. Pinchemel : théorie de la géographie générale des formes de différenciation de l’espace terrestre, concepts de paysage et de région (perspectives : esthétique et d’organisation sociale), deux processus liés à l’action humaine –‘spatialisation’ et ‘humanisation’– produisent des ‘milieux géographiques’, articulation de systèmes spatiaux et de milieux naturels humanisés (transformation des ressources naturelles => recentrent la géo par rapport à une analyse strictement spatiale).
3.3. Réarticuler nature/culture : réévaluer la place de la nature dans la géo humaine contemporaine
A. Berque rejette la coupure nature/culture, d’où les termes (relationnels) de médiance et de trajection : « un milieu – la relation d’une société à l’espace et à la nature – est à la fois comme la terre de Husserl et comme celle de Galilée : sensible et factuel, subjectif et objectif, phénoménal et physique ».
D’autres révisent la place de la géographie physique dans une démarche systémique : les facteurs dits « naturels » ne sont que des « contraintes » parmi d’autres, entrant en interaction avec les éléments d’un système socio-spatial (JP Marchand, 1980). Pour F. Durand-Dastès (1990) il faut substituer aux traditionnelles dichotomies des distinctions entre des « mémoires » ou entre des « pesanteurs spatiales » différentielles (Dans la transformation des systèmes spatiaux, les distributions -physiques comme humaines- sont sujettes à des dynamiques semblables, de rythme lent, rapide ou brutal. Pourquoi les distinguer ?)
G. Bertrand (1991) propose de poser la question de la nature dans une problématique sociale et de tenir ensemble la matérialité de la nature et sa construction sociale (par la représentation, la production et l’usage) : substituer à la géographie physique classique une « interface épistémologique et méthodologique », avec un triplet conceptuel - géosystème/territoire/paysage - traité sur les modes respectivement naturaliste/politique/esthétique.
Nouveaux outils, questions renouvelées sur la valeur du territoire des humains, autour de la notion d’espace géographique : questions d’interdisciplinarités comme à la fin du XIX° mais avec une écologie scientifique élaborée, des sciences humaines et sociales constituées et une scientisme moins affirmé.

 
 
 
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